Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Conférence de Daniel Teruggi: Retour sur le scandale de la création de Déserts de Varèse Evènement

Zao Wou-Ki, Hommage à Edgar Varèse - 25.10.64, 1964 Huile sur toile 255 x 345 cm, Zao Wou-Ki © ADAGP, Paris, 2018
Durée 1h00
Publics
Adultes
Heures
Le : Mardi 18 septembre 2018 de 19h30 à 20h30

Les portes du musée ouvriront pour cet événement à partir de 19h, pour laisser le temps aux visiteurs de prendre place pour la conférence au cœur de l'exposition Zao Wou-Ki, L'Espace est silence. Après la conférence, il sera possible de visiter le reste de l'exposition dans des conditions très privilégiées.

 

23 minutes et 28 secondes, 20 musiciens et 1 dispositif électro-acoustique. Il n’en faut pas moins pour susciter l’indignation des quelque quinze cents personnes venues le soir du 2 décembre 1954 au Théâtre des Champs-Élysées applaudir l’Orchestre national de France dirigé par Hermann Scherchen.

La création de Déserts ce soir-là, joué entre Mozart et Tchaïkovski, devient, devant le public du Théâtre et les plusieurs centaines de milliers d’auditeurs de la transmission radiophonique en direct, un des scandales les plus impressionnants de toute l’histoire de la musique, tel qu’on n’en avait pas connu depuis la création du Sacre du Printemps dans cette même salle, plus de quarante ans auparavant.

À l’origine de ce scandale, la recherche d’un nouveau langage musical, que Varèse a trouvé dans la bande magnétique, dont il est déjà convaincu dans les années 1910 qu’elle accompagnera les innovations musicales à venir. Déserts est l’une des toutes premières œuvres mixtes, mêlant les timbres des instruments de l’orchestre, des percussions auxquelles Varèse laisse la part belle et des interpolations de son organisé, qui interviennent dans la pièce à trois reprises. Ces interpolations, composées de bruits urbains et d’usines, avaient été enregistrées à Philadelphie par le compositeur et mixées avec l’aide de Pierre Henry, pionnier de la musique concrète.

Dès les premières notes, le public est décontenancé. La musique dure, vive, furieuse et parfois brutale, fidèle à l’esprit de Varèse, devient bientôt inaudible sous les hurlements d’une partie de la salle, qui hue et crie que le concert s’arrête et l’autre partie qui applaudit à tout rompre en réponse aux injures.  Pierre Henry, aux potentiomètres, augmente le volume de la première interpolation au maximum, mais ne parvient ainsi qu’à attiser encore le vacarme du public : les protestations, où se mêlent demandes du renvoi de Scherchen et d’Henry, cris d’animaux, rugissements en tout genre, calomnies envers Varèse finissent en bagarre générale.

« Edgard Varèse, l’homme qui intègre à sa musique les bruits de notre temps, a intégré à son œuvre Déserts les bruits de l’émeute que soulève son audition », peut-on lire le lendemain dans les journaux, rapporte Georges Charbonnier dans ses Entretiens avec Edgard Varèse.

Zao Wou-Ki, admiratif du travail avant-gardiste de son ami Edgar Varèse, lui dédie dix ans plus tard un hommage sous forme de toile, retranscrivant ainsi la fascination qu’a provoquée pour lui d’écouter Déserts et d’être témoin des passions de la salle lors de sa création.

 

Daniel Teruggi, compositeur, Directeur du GRM jusqu’en 2017 et proche de Pierre Henry  revient sur le scandale provoqué le 2 décembre 1954 au Théâtre des Champs-Élysées par la création de Déserts, avec le support des archives audio du Groupe de Recherche Musicale de l’INA, au cœur de l’exposition Zao Wou-Ki, devant l'Hommage du peintre au compositeur.