Philippe Decrauzat élabore une œuvre complexe dans laquelle des techniques distinctes, comme le cinéma et la peinture, peuvent se répondre sans s’opposer. Poursuivant une réflexion sur la nature des arts « visuels », il se livre à une lecture critique de l’histoire de l’abstraction géométrique et des phénomènes optiques auxquels celle-ci a pu s’attacher. Tout en s'inscrivant dans une démarche d'une extrême rigueur logique, l'artiste compose avec le souvenir de formes et de principes esthétiques antérieurs, parfois divergents : art conceptuel, Minimal Art, mais aussi Pop Art et Op Art. 

Vertical Wave Suite (2013-2016) constitue la matérialisation la plus récente d’un projet entamé en 2010 et d’une série commencée en 2013. Il s’agit d’un ensemble de plusieurs « vagues » verticales, dans lesquelles le motif peint détermine la forme du support, redoublant l'effet d'ondulation produit par la peinture. Cependant, l’impression optique n’est que l’un des aspects de l’œuvre. Sa matérialité se trouve en effet contredite par les conditions d'observation, contraignant l’œil à une « accommodation » impossible.

Ce polyptyque, qui peut comporter deux, trois ou quatre peintures suivant l’espace dans lequel il est présenté, entretient un lien étroit avec Screen-O-Scope (2010), film que Philippe Decrauzat a réalisé à partir de très courtes séquences de Rashōmon, d'Akira Kurosawa (1950). Les images, presque abstraites, sont produites par l’apparition de la lumière à travers la cime des arbres d’une forêt. L’effet de pulsation induit par le rythme des photogrammes entre en interaction avec les lignes sinueuses de Vertical Wave Suite dans la mémoire rétinienne du spectateur...