1935
Décor du fumoir du paquebot Normandie
Bas-relief constitué de 45 panneaux
Laque dorée à la feuille
Jean Dunand, reçoit la commande de panneaux en laque d’or pour le fumoir des premières classes du paquebot Normandie. Il choisit le thème des Jeux et Joies de l’homme : de part et d’autre de l’escalier conduisant au grill-room sont installés La Pêche et Les Sports ; de l’autre côté, La Conquête du Cheval et Les Vendanges. Le cinquième panneau, La Chasse, se trouve sur les deux portes coulissantes ouvrant sur le Grand Salon. Au revers, L’Aurore et les Vents sur un carton de Jean Dupas.
Les 1200 m² de laque d’or ornant le fumoir suscitèrent l’admiration des passagers.
Avec quelques autres décorateurs du début du XXème siècle, Dunand remit à l’honneur cette technique d’origine chinoise, obtenue à partir de l’exsudat végétal d’un arbre coréen ou birman.
Parce que ses panneaux de laque réalisés sur bois quelques années plus tôt pour l’Atlantique, avaient été détruits par un incendie, Dunand fabrique d’abord un support résistant au feu à l’aide d’un mélange de laque, de plâtre et de terre plastique, colorée dans la masse en rouge brun. Les qualités de ductilité de ce support, durci ensuite à l’air libre, lui ont permis de réaliser son bas-relief, dont les figures sont dessinées à la gouge et à la râpe comme sur bois, puis gravées à la manière des reliefs en creux égyptiens.. Une trentaine de couches de laque appliquées au pinceau sont nécessaires après ponçage à l’eau et séchage en atmosphère humide. Les feuilles d’or sont ensuite posées sur la laque encore fraîche, puis l’or est bruni au charbon de bois en poudre.
Puisant dans le répertoire classique des grandes commandes publiques de l’époque, Dunand choisit de traiter un thème de l’antiquité grecque ou égyptienne utilisant la technique du très bas relief, le groupe de jeunes gens dans des attitudes praxitéliennes, qui s’exercent aux disciplines olympiques du lancement du disque, du poids et du javelot. Les Sports, cependant, constituent le thème le plus moderne de l’ensemble.
Ici, Dunand montre une préoccupation humaniste caractéristique du milieu des années trente : les activités sportives, la culture des loisirs et les notions hygiénistes prônées par l’homme moderne. L’épanouissement vitaliste du corps est une notion qui se développe dans les années 20-30 et qui culminera avec le culte du corps antique et idéalisé dans l’esthétique des pays totalitaires.
Ici, nul message politique, mais un ornement luxueux destiné à réchauffer l’ambiance du fumoir. Tout concourt au plaisir de l’œil : une composition claire adaptée aux exigences de la monumentalité, le placement des personnages en une diagonale très lisible, la variété des attitudes statiques et dynamiques, l’alternance de fonds, guilloché et lisse.
La métaphore antique se superpose à l’image de jeunes gens s’adonnant aux plaisirs de l’exercice physique, et confère à la scène un caractère suffisamment intemporel pour que les passagers de première classe du Normandie ne soient pas choqués de la nudité des corps.
Les Sports constituent le seul panneau de l’ensemble à être conservé dans son intégralité, et même complété à l’endroit des portes par les fils de Dunand. Les panneaux La Pêche et La Conquête du cheval furent amputés de leur partie basse pour être remontés en 1949 sur l’Ile-de-France. Les panneaux supérieurs des Vendanges ont été acquis par la municipalité normande d’Oissel. Les parties basses des autres panneaux ont été dispersées.