Foncièrement réaliste, elle conserve de ses débuts marqués par le symbolisme et le premier Van Gogh l’exigence d’un « regard inspiré » dans la transposition picturale de la réalité. Dans les portraits de groupes, ceux des artistes de son cercle ou des paysans de Zélande, aussi bien que dans son impressionnante série d’autoportraits ou de portraits de commande auxquels la crise économique la contraint, la figure humaine s’impose avec une incroyable force plastique.

Marqué par une grande sensibilité sociale et des valeurs qui lui feront refuser de collaborer à l’organisation mise en place pendant l’occupation des Pays-Bas, le réalisme de Charley Toorop est autant en prise avec l’époque que parti prenant de la modernité.

L’artiste fait montre d’une totale ouverture d’esprit : « surtout pas de principes » hormis la qualité des œuvres. Amie de longue date - et collectionneuse - de Piet Mondrian, proche de Bart van der Leck, elle fait aménager sa maison par Gerrit Rietveld. Elle n’en est pas moins amie de Henk Chabot, représentant d’un expressionnisme aux thèmes vernaculaires, comme du sculpteur John Rädecker qui développe à partir du cubisme une œuvre très personnelle.

Proche du cinéaste Joris Ivens, à qui elle confie la formation de son fils John Fernhout, elle soutient aussi le cinéma d’avant-garde en participant à Filmliga. John introduit auprès de sa mère Eva Besnyö et la complicité qui s’instaure fera de la jeune photographe hongroise le témoin privilégié de la vie de Charley Toorop.

Fille du grand peintre symboliste Jan Toorop, elle a à cœur de prolonger la dynastie familiale avec son fils Edgar Fernhout qui, de peintre figuratif devient, après guerre, l’un des principaux représentants de la nouvelle abstraction en Hollande. Cette influence sur la jeune génération se traduit aussi par le rôle d’exemple qu’elle a tenu pour Pyke Koch, l’un des artistes les plus représentatifs du réalisme magique.

Très attentive à l’art international, Charley Toorop séjourne à plusieurs reprises à Paris, elle y admire particulièrement Fernand Léger et s’y lie d’amitié avec Zadkine.

Un catalogue accompagne l’exposition livrant pour la première fois une information jusqu’alors inaccessible en français. Une longue étude biographique de Marja Bosma présente de manière détaillée le vaste parcours de Charley Toorop. Un essai de Catherine Gonnard, centré sur la peinture Trois générations (1941-1950), s’attache à étudier le rôle de la filiation dans le développement de l’œuvre de cette femme peintre. Etudiant la genèse d’une autre œuvre majeure, le Repas des amis (1932-1933), Carel Blotkamp met en lumière le processus de construction de l’image chez Toorop. De son côté, le commissaire Gérard Audinet tente de montrer comment les amitiés de Charley Toorop éclaire en retour son œuvre.

Commissaire général : Fabrice Hergott

Commissaire : Gérard Audinet