J.D.’ Okhai Ojeikere (1930-2014) prend, en noir et blanc au Rolleiflex 6x6, ses premières photographies consacrées à la culture nigériane, lors d'un festival en 1968. Dès lors, et pendant quarante ans, il poursuit dans tout le pays ses recherches organisées par thèmes (le sport, l’architecture, les arts et traditions populaires, etc) et réalise un véritable inventaire : il archive ses négatifs, tire des contacts et les réunit dans des cahiers. Hair Style, riche de près de mille clichés, est le plus considérable et le plus abouti. Ojeikere photographie les coiffures des femmes nigérianes, comparables à de véritables sculptures, chaque jour dans la rue, au bureau, dans les fêtes, de façon systématique, de dos, parfois de profil et plus rarement de face. Cinq de ces photographies, absolument uniques, ont été acquises par le Comité pour la photographie et sont exposées au Musée d’Art moderne.

Malick Sidibé, né au Mali en 1935, fait ses premiers pas dans la photographie après une formation à l’Ecole des Artisans Soudanais de Bamako. Il ouvre le Studio Malick au cœur de la capitale et devient une figure incontournable, très appréciée de la jeunesse. En effet, il est en 1957, le seul reporter de Bamako à couvrir les événements de la vie culturelle et sociale d’une ville en pleine effervescence depuis l’Indépendance. Une insouciance et une spontanéité, une ambiance de fête, de jeux, de rires, de vie se dégagent de ses photos. L’acquisition par le Comité de photographie est un tirage vintage, dans le plus grand des trois formats proposés par l’artiste, figurant un portrait de Ballo (1972), le styliste de ces grandes soirées.  

Kaveh Golestan (1950-2003), ayant grandi à Téhéran et après des études en Angleterre, entame dans la capitale iranienne une carrière professionnelle en tant que photojournaliste et y compile de nombreux rapports sur la vie des Iraniens. De 1975 à 1977, Golestan se rend dans la citadelle de Shahr-e No, un ghetto notoirement sordide de Téhéran, pour y réaliser un reportage avec son appareil photo (sans disposer d’autorisation officielle). Ces clichés sont les uniques documents photographiques subsistants de la citadelle, incendiée lors des troubles qui accompagnent la chute de la monarchie en 1979. La série acquise par le Comité pour la photographie du Musée d’Art moderne est constituée de dix œuvres intitulée Les prostituées du quartier rouge de Shahr-e No à Téhéran (1975-1977). Elle constitue l’une des plus grandes réalisations de l’histoire de la photographie en Iran.

Commissaire de l’exposition
Emmanuelle de l’Ecotais