Depuis le début des années 90, l’artiste britannique Tacita Dean, née en 1965, ne cesse de voyager à travers le monde à la recherche d’images et de sons. Attirée par des objets, des événements ou des êtres disparus, elle s’emploie à les confronter au présent dans une approche très sensible. Ayant souvent recours à des prises de vue en temps réel et à des successions de plans fixes, l’artiste place le spectateur en situation d’attente et perturbe ainsi profondément sa perception du temps. Elle utilise différentes techniques comme la photographie, le dessin, l’installation mais privilégie le cinéma sur pellicule argentique en 16 et 35 mm. Elle est par ailleurs activement engagée dans la préservation de ce médium aujourd’hui en voie de disparition.

Dans JG, film réalisé en 2013, les images de paysages de lacs salés, tournées dans plusieurs sites naturels des états de l’Utah et de Californie, s’entremêlent avec l’évocation de la Spiral Jetty réalisée par Robert Smithson en 1970. Celle-ci fut au centre de la correspondance de l’artiste avec J.G Ballard qui a inspiré le titre de l’œuvre. En effet, dans sa nouvelle de science-fiction La Voix du Temps (1960), l’écrivain anglais anticipe le dessin d’une figure mystérieuse proche de l’œuvre de Robert Smithson réalisée 10 ans plus tard. Pour Tacita Dean, son film JG et Spiral Jetty « ont un cœur analogique, non pas uniquement parce qu’elles ont été créées ou écrites à une époque où tourner en pellicule était le moyen pour enregistrer et transmettre images et sons, mais bien parce que leur forme hélicoïdale est analogue au temps lui-même.» Ainsi la sculpture de Smithson et le mandala dans le désert décrit par Ballard, deux images de la temporalité, se rejoignent dans la bobine de Tacita Dean, elle-même spirale et métaphore du temps qui se déroule.

Pour JG, Tacita Dean utilise un procédé technique qu’elle a spécifiquement conçu pour le médium cinématographique qui consiste à masquer partiellement l’obturateur, suivant le principe du pochoir. La dimension matérielle du film qui n’aurait pu être obtenu dans un format numérique est rappelée par la présence de la pellicule noire qui borde les images.

Commissaire de l’exposition
Julia Garimorth