Don de l’artiste en 1961, Nu couché à la toile de Jouy, 1922 fut l’un des premiers tableaux de nus d’après modèle vivant de Foujita.

S’inspirant librement de l’Olympia de Manet et des odalisques de Titien et d’Ingres, Foujita peint une femme nue couchée lascivement, au corps blanc nacré sans modelé, regardant directement le spectateur, le buste légèrement redressé sur un lit recouvert de draps blancs diaphanes, brouillés de plis. Mais il mêle à ce sujet classique mis au goût du jour, non sans humour (le modèle aux traits asiatiques serait, selon le peintre lui-même, la fameuse Kiki de Montparnasse), la tradition japonaise. Le corps sensuel dont les formes se dilatent, est d’une blancheur d’émail, cerné par un trait à l’encre noir : « Une ligne régulière dont le tracé net et fin à la fois serait comme celui d’un rasoir que l’on aurait promené sans vouloir insister. »

Le nu est enchâssé dans une alcôve, constituée d’une cantonnière à volants et de deux embrases en toile de Jouy couleur sépia; on y lit des saynètes (fractionnées par la découpe de la toile) à la manière de la peinture du XVIIIe siècle représentant les amours de Vénus et Mars à la barbe du mari trompé, Vulcain, travaillant au fond de sa forge, détail rappelant qu’on assiste à une scène de « boudoir ». Il réduit la gamme chromatique en utilisant la bichromie de la toile de Jouy (le sépia et le blanc) et le blanc et noir pour la représentation de la femme, provoquant un fort contraste entre ces deux images. Très sensible aux détails du folklore français (images d’Épinal, faïence de Quimper, toile de Jouy), un critique en vint à dire qu’il « passait pour un peintre francisé aux yeux des Japonais et pour un pur Japonais vis-à-vis des Occidentaux ».