Réalisée à l’occasion de l’exposition « Histoire de Musée » en 1989, la Réserve des enfants I et II se situe dans un espace au sous-sol du musée où sont accumulés sur des étagères  métalliques, des vêtements d’enfants, éclairées seulement  par de petites lampes accrochées aux portants des étagères. Cette présentation est complétée par un ensemble de photographies en noir et blanc d’enfants anonymes, extraites de journaux et de magazines, également faiblement éclairées. Rappel des corps absents, souvenir d’une enfance à jamais enfuie, allusion aux tragédies de l’Histoire, reliques de petits disparus, autant d’interprétations possibles qui reprennent une des thématiques essentielles de l’œuvre de Boltanski, la fragilité de la mémoire et de la vie humaine.

Ce pouvoir émotionnel de l’évocation par le biais d’objets ordinaires, de dispositifs dérisoires va s’accentuer dans des installations dépouillées où l’image se fait rare. Tel est le cas dans l’œuvre Théâtre d’ombres (1984-1997) qui évoque, par la projection de petites figurines tremblotantes, la danse des morts mais aussi l’univers fantomatique et nostalgique des jeux de marionnettes de l’enfance.

Parfois l’existence des hommes est simplement  signifiée par des listes de noms, par exemple les Abonnées du téléphone conçu pour l’exposition « Voilà » en 2000, où  des annuaires téléphoniques du monde entier sont présentés sur des étagères et peuvent être consultés, la présence humaine étant  réduite à sa plus simple expression : le patronyme.