Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Intérieurs 2020 Un commande de vidéos courtes à 10 artistes

Dans le contexte de la crise sanitaire actuelle, le Musée d’Art Moderne de Paris, la Société des Amis et son Comité pour la Création Contemporaine, ont mis en place une action de soutien destinée à 10 artistes de la jeune génération. 

Les artistes sélectionnés par l’équipe de la conservation du Musée d’Art Moderne de Paris sont Marie Angeletti, Laëtitia Badaut Haussmann, Gaëlle Choisne, Morgan Courtois, Arash Hanaei, Jean-Charles de Quillacq, Clément Rodzielski, Sara Sadik, Naoki Sutter-Shudo, et Stefan Tcherepnin.

Chaque artiste a été invité à produire un format vidéo court, sans sujet imposé. La Société des Amis fait don au musée de ces œuvres réunies sous le titre « Intérieurs 2020 ».

 

A partir de dimanche, deux vidéos seront publiées chaque semaine sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter et Instagram et sur le site internet du musée selon le calendrier suivant :

Dimanche 22 novembre : Marie Angeletti et Laëtitia Badaut Haussmann
Dimanche 29 novembre : Gaëlle Choisne et Morgan Courtois 
Dimanche 6 décembre : Arash Hanaei et Jean-Charles de Quillacq
Dimanche 13 décembre : Clément Rodzielski et Sara Sadik 
Dimanche 20 décembre : Naoki Sutter-Shudo et Stefan Tcherepnin

En 2021, ces vidéos d’artistes seront visibles dans les collections du Musée d’Art Moderne de Paris.

 

Marie Angeletti, Robe à smock, 2020

Marie Angeletti
(Née à Marseille, 1984. Vit et travaille à Bruxelles)
Robe à smock, 2020
Vidéo, couleurs, son
2min 33sec

« De la maison de mes parents à mon nouvel appartement et atelier à Marseille, Août 2020. » 

 

Laëtitia Badaut Haussmann, And It Was Not a Party Anymore, 2020  

Laëtitia Badaut Haussmann
(Née en 1980 à Paris. Vit et travaille à Paris)
And It Was Not a Party Anymore, 2020
Vidéo couleurs, son
03mn 27sec

« And It Was Not a Party Anymore est un film qui se situe sur le site de l’ancien Musée de la Sculpture en Plein Air, situé au niveau du square Tino Rossi sur le quai Saint Bernard dans le cinquième arrondissement de Paris. Le film suit un groupe d'adolescentes traversant cette institution fantôme, ce musée sans mur où sont présentées des œuvres d’artistes dont Marta Pan, Marta Colvin, Aglae Liberaki et Livba. L’ensemble du processus de travail : repérages, répétitions, références, actions et tournage, ont produit la matière du film lui-même. And It Was Not a Party Anymore se veut être l’enregistrement de ce moment, pensé tout à la fois comme une célébration et une veillée. Une des adolescentes est en tenue de « Baptiste » : blouson en cuir noir, t-shirt blanc, jean bleu. « Baptiste » est le fantôme karatéka de Pascale Ogier dans Le pont du Nord (1981) de Jacques Rivette. Dans le film de Rivette, "Marie" (Bulle Ogier) dit à "Max" (Jean-François Stévenin): « Le jour appartient au pouvoir, la nuit à la puissance ». Les « Max » incarnent les stups, les RG, les flics en civils. C’est ainsi que les appelle " Baptiste " (Pascale Ogier) dans le film. À la fin de l’histoire, Bulle Ogier est descendue par son amant. Après le film, Pascale Ogier décèdera d’une complication respiratoire probablement dû à une overdose, la veille de ses 26 ans. Dans le court métrage Lettre à Freddy Buach (1982), Jean-Luc Godart dit « il y a urgence » lorsque la police lui demande d’interrompre son tournage car il est garé sur le bord de la route avec son équipe : le soleil est en train de disparaitre. Il y a urgence parce que les corps meurent et s’effacent, les ruines avancent, la nuit aussi. Pas la nuit bonne, mais l’obscurité. Il y a urgence à filmer ainsi ces adolescentes car elles sont l’incarnation de la vitalité, de la transition, du passage et de la fragilité. Il y a urgence à filmer les ruines sans mur d’un musée qui n’est plus. Il y a urgence à filmer un territoire vivant sur les bords de Seine, un territoire sur les bords qui se transforme au gré des saisons, des budgets et des politiques, de la population et de ce que les différentes communautés qui le traversent en font. And It Was Not a Party Anymore tente de capter un espace sans contour, le fantôme d'une institution, par et selon les corps qui les traversent. Il y a urgence à faire les choses, des dérives à la Rivette dans Paris, des performances qui essayent, des gestes qui nous aident, des danses pour les morts et pour les jeunes filles. » 

 

Gaëlle Choisne, Push Me Out, 2020

Gaëlle Choisne
Née à Cherbourg, 1985. Vit et travaille à Paris
Push Me Out, 2020
Vidéo couleurs, son
3mn 03sec

« Push Me Out est au premier abord, l’exploration de l’anatomie d’une plume d’oiseau trouvée par l’artiste sur le site archéologique de Lattara à Lattes (Occitanie) où elle était en résidence. Cette plume trouvée est souvent signifiée spirituellement comme étant un signe de la présence d’un ange. La plume d’un ange rentre en contact avec la lumière du soleil.
Ce geste simple et poétique nous rappelle à quel point un temps d’arrêt avec la nature, la contempler, l’admirer et la célébrer est important, moment où nous étions invités à expérimenter chacun a notre manière pendant le confinement pour ceux qui avaient compris le message de « sortir de » (Push me out) sortir de ces habitudes coloniales, de ces croyances limitantes. Il s’agit d'une suggestion qui nous amène vers un espace tiers, surement spirituel ou divin en tout cas une puissance tierce, aimante et lumineuse qui surgit de la rencontre de la lumière et de la surface de la plume, un éclat iridescent, magique comme une once d’espoir. »

 

Morgan Courtois, Quatre-Chemins, 2020

Morgan Courtois
Né en 1988 à Abbeville. Vit et travaille à Paris
Quatre-Chemins, 2020
Vidéo couleurs, muet
52 sec

« Quatre-Chemins reprend le format court d'une publicité de parfum, il s'agit à la fois du titre de la vidéo et du titre d'un parfum que j'ai réalisé pendant le confinement (il est actuellement présenté dans l'exposition collective du CREDAC « La vie des tables »). Ce parfum s'inspire des différentes atmosphères que j'ai traversé quotidiennement entre mon domicile et mon atelier d'Aubervilliers, au printemps. Le parfum s'appelle Quatre-Chemins comme la station de métro et le carrefour du même nom au-dessus desquels je vie. Le flacon dans lequel le parfum est présenté est ready-made, je l'ai acheté dans un bazar de l'avenue Jean Jaurès. Il contenait initialement une eau de Cologne masculine assez cheap mais plutôt agréable, du type « fleur de tabac ». Quatre-Chemins est lui-même inspiré par ces types de fragrances pour hommes, constituées de nombreuses notes de tabac, en référence aux vendeurs de cigarettes de contrebande des Quatre-Chemins ainsi qu'à l’atmosphère générale – presque exclusivement masculine – de ce carrefour.
Le parfum est composé de quatre facettes, ou quatre accords, appelés Malboro, Adrénaline, 4 chemins et Passage des roses. C'est un parfum assez chaotique où se mêlent des odeurs de laverie, de tabac froid, de café, d'essence et d'un aspect plus floral, inspiré du buddleia qui contredit l'aspect plus « masculin » des autres composantes. Après avoir réalisé le parfum, j'ai commencé à filmer son flacon en souhaitant traduire l'odeur par l'image et évoquer ses différentes facettes, son « ambiance ». L'année dernière, j'ai réalisé Sketch for a Smell (vidéo visible sur le compte Youtube de la galerie Balice Hertling). Cela m'a donné envie de poursuivre des expérimentations visuelles inspirées de l'art cinétique et surtout des derniers films de Henri-Georges Clouzot. »

 

Arash Hanaei, Black Soap, 2020

Arash Hanaei
Né en 1978 en Iran. Vit et travaille à Paris
Black Soap, 2020
Vidéo couleurs, son
2mn 59sec

« Black Soap est une lettre adressée à ma mère qui a rarement quitté la maison pendant plusieurs années à cause de sa maladie de Parkinson. Je l'ai écrite à Paris, confiné pendant la pandémie, alors que nous étions toutes coincées chez nous, sans rien d'autre à faire que de nous réengager avec les choses qui nous entourent, en observant constamment l'évolution de la situation, et de cuisiner !
En silence, avec un sentiment de solitude, des signes du passé et des spéculations sur l'avenir sont lentement apparus d'un autre endroit, s'accordant avec les objets du présent.
Cette vidéo est une tentative de suivre ce déplacement psycho-géographique, en reliant ces traces du passé et du futur. »

 

Jean-Charles de Quillacq, Sans titre, 2020

Avertissement : certaines images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.
 

Jean-Charles de Quillacq
Né en 1979 à Parthenay (France). Vit et travaille entre Zurich et le Limousin
Sans titre, 2020
Vidéo couleurs, son
1mn 57sec

« Les images de ce film sans titre de deux minutes ont été tournées après le confinement. L’auto-fonctionnalité qu’elles exposent n'est pas seulement un système fermé mais que l’on a bien partagé et conscientisé collectivement pendant cinquante-cinq jours.
Réaliser l’équivalence entre mes sculptures et mon corps, avant même de penser à ceux des autres, nécessite une forme d’honnêteté vis-à-vis de mon travail. Ne faire qu’un avec lui est peut-être un fantasme mais il y a un plaisir que je pourrais qualifier de masturbatoire dans ce que cela fait de mouler, de façonner des formes et de jouer avec des matières fluides. C’est aussi une dépense physique et sexuelle qui montre l’ouverture du corps aux autres et dont le confinement, qui, s’il nous a limités dans nos contacts, n’a pas nécessairement éteint l’excitation. »

 

Clément Rodzielski, Soda Cinéma, 2020

Clément Rodzielski
Né en 1979 à Albi (France). Vit et travaille à New-York, États-Unis.
Soda Cinéma, 2020
Vidéo couleurs, son
2mn 18 sec

« Nature morte et tournante, trois peintures sans fin s'animent sur trois monochromes liquides. Un exemple de précinema tardif. »
 

Sara Sadik, G-Land, 2020

Sara Sadik
Née en 1994 à Bordeaux. Vit et travaille à Marseille
G-Land, 2020
Vidéo  couleurs, son
2mn 59 sec

« G-LAND est un projet pensé pour accueillir des jeunes hommes dans un univers virtuel, afin qu’ils y effectuent des ‘sessions de gamberge’. Les ‘sessions de gamberge’ désignent les moments durant lesquels ces jeunes hommes cogitent de façon intense sur leur vie, leur passé, leur avenir, leurs inquiétudes et leur angoisses. Ces ‘gambergeurs’, sont des jeunes hommes tourmentés, délaissés et oubliés de notre société, n’ayant pas accès à des solutions d’évasion, d’accompagnement ou de suivi personnel, les laissant seuls face à eux-mêmes. G-LAND est pensé comme une solution proposée à ces jeunes hommes afin de leur permettre d’effectuer ces ‘sessions de gamberge’ dans un environnement propice, en mettant à leur disposition toutes les conditions et les éléments qu’ils jugent nécessaires à une gamberge productive dans le but de préserver leur santé physique et mentale. »

 

Naoki Sutter-Shudo, Les Émigrés, 2020

Naoki Sutter-Shudo
Né à Paris, 1990. Vit et travaille à Los Angeles
Les Émigrés, 2020
Vidéo couleurs, son
2mn 35sec

« Naoki Sutter-Shudo déclame un court discours originellement professé par Danton à la Convention nationale en octobre 1792, où la séance considérait un nouveau décret: bannir les émigrés à perpétuité du territoire de la République. Sutter-Shudo, vivant principalement à Los Angeles depuis 2015, ornemente le discours avec une cigarette, un iPhone, des bijoux et un t-shirt à l’effigie de la Révolution française, anachronismes quelque peu cyniques qui ré- imaginent ces moments politiques précédant la Terreur comme un  jeu de rôle stylisé. »

 

Stefan Tcherepnin, House of Horrors, 2020

Stefan Tcherepnin
Né en 1977 à Boston. Vit et travaille à Brooklyn, NY
House of Horrors, 2020
Vidéo couleurs, son
3mn

« Un génie de Jack O'Lantern convoqué dans la maison des horreurs nous guide à travers une série de traumatismes, réels et imaginaires, dans un train de marchandises de la terreur. »