Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Jean Hélion

Né en Normandie en 1904, Jean Hélion rejoint Paris où il est d’abord apprenti dans un bureau d’architecte. La découverte des grands maîtres au Louvre (notamment Nicolas Poussin et Philippe de Champaigne) l’impressionne profondément.

En 1927, il s’installe dans un atelier à Montmartre puis à Montparnasse où il découvre l’art moderne. Marqué par Léger, Mondrian et Pevsner, il fonde en 1930 avec Léon Tutundjian et Theo Van Doesburg un mouvement d’avant-garde abstrait (Art concret) qui devient Abstraction-Création en 1931. Il peint alors d’étonnantes formes abstraites qui flottent dans un espace indéfini. Composition abstraite (1933) et Figure Bleue (1935-1936), conservées dans la collection du musée d’art moderne (MAM), datent de cette période. C’est à la même époque qu’il se lie d’amitié avec Hans Hartung et Anna-Eva Bergman, également présents dans la collection du musée.

Hélion travaille ensuite en Angleterre puis aux États-Unis. À New York, où se situe son atelier, il suscite l’intérêt et l’admiration de Robert Motherwell et Ad Reinhardt qui le considèrent comme un des plus grands peintres abstraits. Il amorce pourtant dès 1939 un changement vers une forme de figuration symbolique. En 1943, Hélion organise l’exposition « Jean Hélion. Painting 1933-1939 », présentée à la galerie new-yorkaise « Art of this century » de Peggy Guggenheim, dont il épouse la fille, Pegeen. Après-guerre, il développe une figuration aux formes simplifiées, et ses œuvres prennent un tour allégorique. Le MAM conserve de cette période un Nu renversé (1946) et une Grande Mannequinerie (1951). Il peint selon les thèmes classiques tout en les revisitant, nus et natures mortes et puise à nouveau son inspiration chez les maîtres anciens. À contre-courant du dynamisme tout puissant de l’abstraction lyrique d’après-guerre, il devient une référence majeure pour les jeunes peintres de la Figuration Narrative comme Gilles Aillaud ou Eduardo Arroyo. Son influence s’exerce aussi chez les artistes de Figuration Libre des années 1980.

 

Au cours des années 1960 et 1970, Hélion représente des fragments de réalité puisés dans son environnement quotidien (scène de rues et de marchés, objets triviaux, toitures). De cette période, le MAM conserve une petite huile sur toile, Les toits (1960), une étonnante Terre labourée (1961) et La voiture de fleurs et le boucher (1964). L’œuvre proposée à l’acquisition appartient à une série de peintures inspirées par l’animation des rues parisiennes dont certaines illustrent les événements de mai 1968. Brossée dans des tonalités de bleu et de beige, la toile est organisée autour d’un seul motif figurant quelques passants et une sortie de métro dans laquelle on reconnaît le style Guimard, emblématique du mobilier urbain parisien.

Le musée d’art moderne de Paris conserve un bel ensemble de 16 œuvres de Jean Hélion auquel il a consacré deux expositions (en 1977 et en 1985), couvrant l’évolution de sa production avec des œuvres majeures de ses périodes abstraites des années 1930 et son retour à la figuration d’après-guerre jusqu’aux années 60 et 70, représentées par des esquisses et des fragments témoignant de sa fascination pour la réalité quotidienne et le trivial. L’ensemble se clôt avec une nature-morte en forme de vanité, intitulée Portrait de Famille (1982) qui témoigne de ses toutes dernières années.

Mis à part les Les Toits (1960), qui est un petit format, l’ensemble ne compte aucune œuvre importante figurant Paris. Le don de cette peinture enrichit donc significativement la collection du musée.

Jean Hélion (1904-1987)

La Sortie de métro, 1969

Acrylique sur toile

65 x 92 cm


Jean Hélion (1904-1987)

Sans titre, vers 1976

Encre et pastel sur papier Canson brun

75 x 106 cm (sans cadre) / 89,3 x 123,7 x 5 cm (avec cadre)